Mardi 20 Aout 1996

JEUX PARALYMPIQUES

Des retrouvailles en or

Après s'être consacrée à ses deux enfants, Béatrice Hess, la nageuse alsacienne, effectue un retour tonitruant au tout premier plan à Atlanta. A BIENTÔT 35 ans, l'Alsacienne Béatrice Hess est un modèle d'équilibre et une championne d'exception. Six ans après avoir totalement abandonné la compétition de haut niveau pour avoir deux enfants, la nageuse française vient de signer son grand retour dans le concert international en empochant coup sur coup deux médailles d'or - et deux records du monde - aux Jeux Paralympiques d'Atlanta. « Quand je nage, je ne supporte pas d'avoir quelqu'un devant moi. Je n'y peux rien, c'est vraiment plus fort que moi ». Ces quelques mots assénés avec un brin de provocation suffisent à eux seuls à illustrer le caractère hors du commun de ce petit bout de femme aux yeux pétillants d'intelligence et de joie de vivre. Souffrant depuis son enfance d'une maladie génétique dégénérative particulièrement grave, Béatrice Hess est paralysée des deux jambes et ne peut plus se déplacer qu'en fauteuil roulant. Nager fut son premier pied de nez à la maladie. Le premier d'une série de défis qu'elle s'est imposé pour prouver, non seulement aux autres mais aussi à elle-même, qu'elle était capable de vivre comme les autres. « J'ai toujours eu du plaisir à être dans l'eau, peut-être parce que je ne m'y sens pas différente des autres, explique-t-elle. En fait, l'entraînement n'a jamais été une contrainte pour moi». Très vite, la nageuse alsacienne a réalisé des performances intéressantes, sanctionnées par un titre de championne d'Europe et quatre médailles d'or aux Jeux Paralympiques de New York en 1984. Le début d'une longue et brillante carrière au plus haut niveau, pensent alors ses entraîneurs. VIRUS DE LA COMPÉTITION C'était bien mal la connaître, car Béatrice Hess décide peu après les Jeux de Séoul d'avoir des enfants et donc de laisser tomber la natation. « La simple envie d'être une femme », dit-elle aujourd'hui. Mais un garcon, Guillaume (6 ans), et une fille, Delphine (3 ans), plus tard, le virus de la compétition la reprend. « Un jour, elle est revenue un peu par hasard nager avec le club à l'occasion d'un téléthon, explique son entraîneur et voisin Pierre Randaxhe. Elle a remarqué que, même sans entraînement, elle faisait toujours des bons temps. Et comme elle ne fait jamais les choses à moitié, elle est revenue...» Trois ans après avoir tourné le dos aux bassins, La Colmarienne, qui s'entraîne au club handisport Centre Alsace basé à Sélestat, décide donc d'y replonger. Des séances quotidiennes d'entraînement de deux heures, six jours sur sept, plus de 20 km de longueurs toutes les semaines. « Dès la naissance de mes enfants, je me suis très vite rendue compte que l'ambiance de la compétition me manquait terriblement, dit-elle. J'en ai vraiment besoin». Pour parfaire sa préparation, Béatrice Hess dispose d'un programme personnalisé. « Pendant mes trois ans d'absence, le niveau des compétitions s'est considérablement développé, remarque-t-elle. Avant, il n'y avait que quelques nageuses par catégorie. Aujourd'hui, nous sommes huit par finale. J'ai dû m'entraîner encore plus fort.» Et aujourd'hui, malgré l'arrivée toute récente des nageuses asiatiques et sud-américaines au sein du gratin mondial, la nageuse alsacienne domine à nouveau sa catégorie. Pour ses grandes retrouvailles avec les Jeux Paralympiques, elle vient de monter deux jours de suite sur la plus haute marche du podium. D'abord en 200 m 4 nages, puis sur 50 m papillon, avec à chaque fois à la clé un nouveau record du monde. « Je suis d'autant plus heureuse que ces deux épreuves ne sont vraiment pas ma spécialité. J'attends avec impatience la nage libre et les relais, confie Béatrice Hess. Je crois que je vais finir par m'habituer à la Marseillaise...» La Colmarienne Béatrice Hess, qui vient d'enlever, à Atlanta, deux médailles d'or et dans le même temps deux records du monde dans des disciplines qui ne sont pas vraiment sa spécialité, attend avec

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