Jeudi 1 Avril 1999.

Le sport, trop macho ?

Entre garçons et filles, l'accès à la pratique sportive reste très inégal. Et ce quelle que soit l'origine culturelle, comme le démontre une enquête menée à Colmar. L'effet Coupe du Monde, ce n'est pas seulement pour les garçons. Après la victoire des Bleus, de nombreuses filles ont voulu, elles aussi, chausser des crampons. A Colmar comme ailleurs. Le constat a été cruel : un seul club du secteur accepte les féminines dans cette discipline, le SR Riquewihr ! Cette inégalité générale dans l'accès au sport, que reflète largement le nombre de licenciés des deux sexes, s'est avérée suffisamment préoccupante pour que le ministère de la Jeunesse et des Sports lance une étude sur la question. Deux Colmariens ont été chargés du volet « femmes, sport et insertion » de cette enquête : la sextuple championne paralympique, Béatrice Hess, et le directeur de la patinoire, Richard Jamieson. Mené sur plusieurs semaines, leur travail s'est achevé hier par une rencontre avec des collégiennes (et des collégiens) du collège Pfeffel. « On a cherché à me culpabiliser » Avant de présenter leurs conclusions définitives en mai à Paris, les deux responsables tirent déjà quelques enseignements édifiants. « La culture sportive reste très macho. La tradition veut que ce soient les hommes qui évoluent sur le terrain. Quant aux femmes, elles se sont habituées à être spectatrices plutôt qu'actrices », résume Richard Jamieson. « Quand j'ai repris le sport après mes maternités, on a cherché à me culpabiliser en me disant que ma place était à la maison, à m'occuper des enfants. Cela s'est calmé car j'ai eu de bons résultats... », témoigne Béatrice Hess, qui dénonce des structures pas toujours adaptées à la pratique féminine. Culte de la performance « Le sport reste trop souvent lié au culte de la performance, valeur que ne partagent pas forcément les femmes. Résultat : elles se font souvent regarder de haut quand elles rejoignent un club. Et contrairement à une idée répandue, la difficulté d'accès des filles au sport ne dépend pas en premier lieu de la religion », précise M. Jamieson. Ainsi à Pfeffel, où beaucoup d'élèves sont d'origine musulmane, « aucun cas d'interdiction de sport par des parents n'a été relevée », indique le principal adjoint Michel Arnold. De manière générale, c'est l'ensemble des mentalités qu'il conviendrait de changer pour favoriser le sport féminin. « Ce qu'il faudrait, c'est montrer plus de sport féminin à la télé, afin de faire comprendre que ça existe et que cela représente un véritable intérêt. Avant les championnats du monde de hockey à Colmar, beaucoup de gens pensaient que les hockeyeuses étaient toutes des garçons manqués », sourit Béatrice Hess. On a pu avoir la preuve du contraire...

Ph. S. © Dernières Nouvelles D'Alsace,

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