Jeudi 26 Février 1998.

OSTWALD

Comme si de rien n'était

Faire accepter la différence et ne pas associer handicap et malheur, tels étaient les buts de l'action menée vendredi dernier à l'école du Schloessel. Des véhicules un peu particuliers stationnent dans la cour de l'école du Schloessel : une berline verte avec le sigle handicapé et un minibus du GIHP. Agglutinés tout autour, des enfants regardent, ébahis, les différents gadgets qui n'existent pas dans la voiture de leur papa. Raphaël qui travaille au GIHP leur explique comment fonctionne le véhicule de transport. Dans le groupe, un parent est venu avec sa fille handicapée moteur ; toute heureuse, elle fait la démonstration pour ses petits camarades. « Les enfants de primaire n'ont pas encore de pudeur ou de gêne face à la différence physique ou mentale, c'est pourquoi cette action est intéressante. Ils osent poser des questions que nous adultes n'osons pas », explique la directrice de l'école Schloessel. Les Pâquerettes, une classe de CE2, ont cette fraîcheur. Face à Gaëlle et Anne, toutes deux trisomiques et élèves au SIFAS (Service d'insertion de formation et d'apprentissage spécialisé), une petite fille demande : « Est-ce que quand tu vas au collège normal, les autres enfants, ils sont gentils avec toi ou est-ce qu'ils te rejettent ? » En quelques mots, elle a résumé le problème des handicapés, ce sont les autres qui les rendent anormaux. Gaëlle lui répond : « Quand on se moque de moi, je réponds handicapé toi-même ! » Eclats de rires approbateurs dans la salle de classe. Même joie quand Roberto, sourd-muet, raconte Le petit chaperon rouge en langage des signes ou encore lorsqu'il explique comment on dit Jacques Chirac avec les mains, en faisant le V de la victoire comme avait l'habitude de le faire le chef de l'Etat. Adaptation « On ne peut plus marcher mais on fait fonctionner tous nos autres moteurs, notre cerveau pour penser et nos mains pour nous déplacer », explique Claude. Certains utilisent leurs membres valides pour bien plus que pousser les roues de leur chaise roulante. C'est le cas de Béatrice Hess : ce petit bout de femme est une multiple championne olympique de natation. Pendant que ses médailles d'or passent de mains en mains, radieuse et drôle, elle raconte qu'actuellement elle s'entraîne de plus en plus souvent avec des valides. « J'ai fait 12 mn 57 secondes au 800 mètres et je ne suis pas arrivée la dernière. » Chez Elise et Marie-Jo, les Pâquerettes ont appris comment vivent les non-voyants au quotidien, de la carte de France en relief aux ordinateurs à reconnaissance vocale en passant par la cuisine. Sans oublier, Gambit, le fidèle compagnon d'Elise. Depuis près de cinq ans, ce labrador la guide dans ces sorties. Calme, il se laisse caresser pendant que sa maîtresse fait une distribution de bonbons, histoire de rappeler que c'est carnaval dans quelques jours. Signe des temps sans doute, dans divers ateliers on a parlé multimédia, fax et ordinateurs. Les enfants ont alors compris que les handicapés devaient s'adapter à notre époque, comme tout le monde.

Stéphanie Lafuente © Dernières Nouvelles D'Alsace

Click here to print this page